
L’accord de proximité intrigue parce qu’il touche à une question très concrète : avec quel mot faut-il accorder un adjectif, un participe ou parfois un verbe lorsque plusieurs noms se suivent ? Longtemps présent dans l’histoire du français, remis en lumière par les débats sur l’écriture inclusive, il reste aujourd’hui une notion à connaître pour comprendre les choix d’accord, les usages et les limites de la norme grammaticale.
L’accord de proximité consiste à accorder un mot non pas avec l’ensemble des éléments auxquels il se rapporte, mais avec le nom le plus proche. Il concerne surtout l’adjectif, le participe passé ou certains accords dans des groupes coordonnés. En pratique, cela signifie que le genre ou le nombre du mot voisin influence la forme choisie.
Un exemple souvent cité est : « les hommes et les femmes sont belles ». Ici, l’adjectif « belles » s’accorde avec « femmes », le nom le plus proche, et non avec l’ensemble « les hommes et les femmes ». Selon la norme scolaire actuelle, on attendrait plutôt : « les hommes et les femmes sont beaux », car le masculin pluriel l’emporte dans l’accord traditionnel.
Il faut donc distinguer deux réalités. D’un côté, l’accord de proximité existe comme fait linguistique, attesté dans l’histoire du français et encore perceptible dans certains usages. De l’autre, il n’est pas toujours accepté comme forme standard dans les contextes scolaires, administratifs ou professionnels où la norme grammaticale traditionnelle demeure dominante.
Contrairement à une idée répandue, l’accord de proximité n’est pas une création contemporaine. On en trouve des traces dans l’ancien français, mais aussi dans le latin et le grec. Dans ces langues, l’accord pouvait parfois se faire avec le terme le plus proche, notamment lorsque plusieurs noms étaient coordonnés. Le français médiéval a conservé certains de ces fonctionnements.
La règle dite « le masculin l’emporte sur le féminin » s’est progressivement imposée dans la grammaire française à partir de l’époque classique. Les grammairiens des XVIIe et XVIIIe siècles ont cherché à fixer des règles plus régulières, parfois au nom de la clarté ou de la hiérarchie grammaticale. L’accord au masculin pluriel est alors devenu la référence dans les grammaires scolaires.
Cette évolution explique pourquoi l’accord de proximité donne aujourd’hui l’impression d’être à la fois familier et contesté. Il n’est ni une erreur inventée récemment, ni une règle pleinement rétablie dans l’usage officiel. Il appartient plutôt à une zone de tension entre histoire de la langue, usage réel et norme enseignée.
Le principe est simple : lorsque deux ou plusieurs noms sont reliés, généralement par « et », l’élément qui suit peut s’accorder avec le nom placé immédiatement avant lui. Cet accord peut porter sur le genre, sur le nombre, ou sur les deux. Le cas le plus visible concerne les adjectifs placés après une énumération.
On peut comparer deux formulations. Dans « un courage et une patience admirable », l’adjectif « admirable » est au féminin singulier, car il s’accorde avec « patience ». Si l’on veut dire que le courage et la patience sont tous deux admirables, la forme attendue dans la norme actuelle serait plutôt « un courage et une patience admirables ». La différence tient donc au sens exact que l’on veut donner.
Cette nuance est essentielle : tous les exemples ne relèvent pas du même mécanisme. Parfois, l’adjectif ne qualifie réellement que le dernier nom. Parfois, il qualifie toute la série, mais prend la forme du dernier élément. C’est seulement dans ce second cas que l’on parle clairement d’accord de proximité.
Dans la grammaire française enseignée aujourd’hui, lorsque plusieurs noms de genres différents sont coordonnés, l’accord se fait généralement au masculin pluriel. On dira donc : « la mère et le père sont arrivés », « les étudiantes et les étudiants sont motivés » ou « les règles et les exemples sont utiles ».
L’accord de proximité modifie cette logique. Il privilégie le nom le plus proche plutôt que l’ensemble du groupe. Ainsi, « les étudiants et les étudiantes sont motivées » suit une logique de proximité, puisque l’adjectif s’accorde avec « étudiantes ». Cette formulation est compréhensible, mais elle peut être jugée non conforme dans un écrit soumis à une correction normative.
La différence ne relève donc pas seulement de la grammaire abstraite. Elle touche aussi au contexte d’écriture. Dans un article, une copie d’examen, un rapport administratif ou un texte juridique, l’accord traditionnel reste généralement préférable. Dans des textes militants, littéraires ou expérimentaux, l’accord de proximité peut être choisi pour des raisons stylistiques ou symboliques.
L’accord de proximité est souvent évoqué dans les discussions sur l’écriture inclusive, car il propose une alternative à la règle traditionnelle selon laquelle le masculin sert de forme générique. Certains y voient une manière de rendre le féminin plus visible lorsque le dernier nom cité est féminin. Par exemple : « les citoyens et les citoyennes engagées ».
Cette pratique ne résume toutefois pas toute l’écriture inclusive. Celle-ci comprend aussi la double flexion, les formulations épicènes, les mots collectifs ou encore l’usage raisonné de termes neutres. L’accord de proximité n’est qu’un outil possible, avec ses avantages et ses limites. Son intérêt principal est de s’appuyer sur une ressource ancienne de la langue, plutôt que sur une invention graphique.
Mais il peut aussi créer des ambiguïtés. Dans « les chercheurs et les chercheuses reconnues », le lecteur peut se demander si seules les chercheuses sont reconnues ou si tout le groupe l’est. Pour éviter ce flou, beaucoup de rédacteurs préfèrent une reformulation plus claire : « les chercheuses et chercheurs reconnus » ou « l’équipe de recherche reconnue ».
La réponse dépend du cadre. Dans la grammaire normative enseignée à l’école, l’accord de proximité n’est pas la règle générale. Un correcteur peut donc considérer comme fautive une phrase où l’adjectif s’accorde avec le nom le plus proche alors qu’il qualifie plusieurs éléments de genres différents.
Cependant, parler de faute absolue serait trop simplificateur. La langue française connaît de nombreux cas où l’usage, le style et le sens influencent l’accord. Certaines formulations proches de l’accord de proximité passent inaperçues lorsqu’elles paraissent naturelles ou lorsqu’elles évitent une lourdeur. D’autres, plus visibles, attirent immédiatement l’attention parce qu’elles contredisent les habitudes scolaires.
Le bon réflexe consiste à se demander quel est l’objectif du texte. Pour un écrit académique ou professionnel, mieux vaut suivre la règle attendue. Pour un texte littéraire, journalistique ou engagé, l’accord de proximité peut être utilisé, à condition d’être cohérent et lisible. La clarté de la phrase doit rester prioritaire.
Prenons la phrase : « les robes et les manteaux sont neufs ». L’accord traditionnel impose « neufs », car le groupe comporte un masculin pluriel. Avec un accord de proximité, on écrirait : « les manteaux et les robes sont neuves », si l’adjectif suit le nom féminin le plus proche. Cette version peut être comprise, mais elle ne correspond pas à la norme majoritaire.
Autre exemple : « sa gentillesse et son courage impressionnants ». Ici, le masculin pluriel peut surprendre, car « gentillesse » est féminin. Pourtant, l’accord traditionnel s’explique par la présence de « courage », masculin, et par le fait que l’adjectif qualifie les deux noms. L’accord de proximité donnerait : « son courage et sa gentillesse impressionnante », si le dernier nom guide l’accord.
Il existe aussi des cas où le choix de l’ordre des mots permet d’éviter le problème. On peut écrire : « les qualités humaines et professionnelles sont appréciées » plutôt que d’énumérer plusieurs noms de genres différents. Cette stratégie de reformulation est souvent la plus efficace pour concilier correction grammaticale, fluidité et précision.
La langue française évolue par ajustements successifs. Certaines tournures longtemps critiquées finissent par entrer dans l’usage, tandis que d’autres restent marginales. L’accord de proximité se situe dans cette dynamique : il est connu, discuté, parfois employé, mais il n’a pas remplacé l’accord traditionnel dans les références scolaires.
Ce phénomène rappelle que la grammaire n’est pas seulement un ensemble de règles figées. Elle décrit aussi des pratiques, des hésitations et des arbitrages. De la même manière, l’usage courant de certains pronoms montre que la langue parlée influence la perception de la norme, comme l’explique cet article sur l’emploi de « on » à la place de « nous » dans le français contemporain.
Les débats sur l’accord de proximité rappellent également que toutes les règles ne fonctionnent pas de la même façon. Certaines relèvent de la syntaxe, d’autres de l’histoire, d’autres encore de la valeur expressive. C’est aussi le cas de constructions discrètes comme le « ne » explétif dans certaines phrases, qui illustre la complexité des usages grammaticaux français.
Si l’on choisit d’utiliser l’accord de proximité, il faut le faire avec prudence. Le premier critère est la lisibilité. Une phrase ne doit pas obliger le lecteur à deviner si l’adjectif concerne seulement le dernier nom ou toute l’énumération. Plus l’enjeu de précision est important, plus l’accord traditionnel ou la reformulation sont recommandés.
Dans un texte professionnel, l’option la plus sûre reste l’accord standard : « les salariés et les salariées concernés », ou mieux, selon le contexte, « le personnel concerné ». Les noms collectifs, les tournures épicènes et les reformulations permettent souvent d’éviter les conflits d’accord sans alourdir le style. La sobriété rédactionnelle est souvent plus efficace qu’une solution grammaticale contestée.
Dans un texte littéraire ou argumentatif, l’accord de proximité peut produire un effet volontaire. Il peut souligner un choix d’écriture, une sensibilité à la visibilité des genres ou une volonté de renouer avec un usage ancien. Mais il doit rester cohérent : alterner sans logique entre accord traditionnel et accord de proximité risque de donner une impression d’hésitation.
L’accord de proximité désigne l’accord avec le nom le plus proche, plutôt qu’avec l’ensemble des noms coordonnés. Il est ancien, attesté dans l’histoire du français, mais il n’est pas la règle dominante dans la norme scolaire actuelle. Sa compréhension permet de mieux lire certains textes et de mieux mesurer les enjeux de l’accord en français.
Dans la plupart des écrits formels, l’accord traditionnel reste préférable, notamment pour éviter les remarques de correction et les ambiguïtés. L’accord de proximité peut toutefois être pertinent dans certains contextes, lorsqu’il est assumé, compréhensible et adapté au ton du texte. Comme souvent en grammaire, le bon choix dépend du sens, du public et de la situation d’écriture.
En résumé, l’accord de proximité n’est ni une simple fantaisie ni une règle universelle. C’est une possibilité grammaticale historiquement fondée, aujourd’hui discutée, qui invite à réfléchir à la manière dont le français accorde les mots et organise le sens. Le retenir, c’est mieux comprendre la richesse et les tensions de la grammaire française contemporaine.