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Pourquoi le pléonasme est-il parfois une figure de style ?

Article publié le jeudi 30 juillet 2026 dans la catégorie business.
Pléonasme : quand la répétition devient figure de style

Souvent présenté comme une faute à corriger, le pléonasme n’est pourtant pas toujours un accident de langage. Dans certains contextes, cette répétition d’une idée déjà contenue dans un mot devient un outil expressif, capable de renforcer une image, un rythme ou une intention. Comprendre pourquoi le pléonasme peut être une figure de style permet de mieux distinguer la maladresse de l’effet recherché.

Le pléonasme, une répétition de sens avant tout

Le pléonasme désigne l’association de deux termes dont l’un répète une information déjà présente dans l’autre. Dire « monter en haut », « descendre en bas » ou « prévoir à l’avance » revient, en principe, à ajouter une précision inutile. Le verbe « monter » indique déjà un mouvement vers le haut ; « prévoir » contient déjà l’idée d’anticipation. C’est pourquoi le pléonasme est souvent classé parmi les redondances à éviter dans une rédaction soignée.

Mais la langue ne fonctionne pas seulement selon une logique d’économie. Elle sert aussi à exprimer une intensité, une émotion, une oralité ou une nuance. Une répétition de sens peut donc être fautive dans un texte administratif, mais pertinente dans un poème, un discours ou un dialogue. Tout dépend de l’intention, du contexte et de l’effet produit sur le lecteur ou l’auditeur.

Cette différence explique pourquoi certains pléonasmes sont condamnés dans les manuels de grammaire, tandis que d’autres sont analysés comme des procédés littéraires. La question n’est donc pas seulement de savoir si une expression se répète, mais de comprendre ce que cette répétition apporte au message.

Quand la faute devient un effet de style

Un pléonasme devient une figure de style lorsqu’il est employé volontairement pour produire un effet. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’une négligence, mais d’un choix d’écriture. L’expression « je l’ai vu de mes yeux » répète une évidence : voir suppose déjà l’usage des yeux. Pourtant, cette formule insiste sur la réalité du témoignage. Elle renforce l’idée de preuve directe, presque irréfutable. La répétition a donc une fonction argumentative.

De même, une formule comme « un silence muet » peut sembler redondante, puisque le silence implique l’absence de parole. Mais dans un texte littéraire, elle peut suggérer un silence pesant, fermé, presque matériel. Le pléonasme sert alors à donner plus de présence à une sensation. Il ne se contente pas de répéter : il intensifie.

La frontière entre maladresse et style tient souvent à la maîtrise. Une répétition involontaire alourdit le propos ; une répétition assumée attire l’attention sur un détail essentiel. C’est ce qui rapproche le pléonasme d’autres figures fondées sur l’amplification, comme l’hyperbole ou l’insistance. Dans un récit, une description ou un discours, il peut devenir un levier expressif plutôt qu’une faute.

Un outil d’insistance et de persuasion

Le pléonasme est particulièrement efficace lorsqu’il renforce une affirmation. Dans la langue orale, il sert souvent à lever un doute ou à marquer la sincérité. Dire « c’est la vérité vraie » n’apporte pas d’information logique supplémentaire, mais donne à l’énoncé une force affective. La répétition signale que le locuteur veut être cru, ou qu’il cherche à frapper les esprits.

Cette fonction explique la présence du pléonasme dans les slogans, les discours politiques ou les échanges familiers. Il crée une impression de solidité, parfois même de simplicité volontaire. L’auditeur retient mieux une formule redondante qu’une phrase parfaitement économique. Dans ce sens, le pléonasme peut participer à la rhétorique, c’est-à-dire à l’art de convaincre par les mots.

Il peut aussi souligner l’émotion. Dans « je souffre d’une douleur douloureuse », la répétition semble excessive, mais elle traduit une expérience subjective : la douleur envahit tout, au point que le langage tourne autour d’elle. En littérature, cet excès peut devenir significatif. La redondance fait sentir ce que la précision ordinaire ne suffit pas à dire.

Une figure utile pour le rythme et l’oralité

Le pléonasme n’agit pas seulement sur le sens ; il agit aussi sur la musicalité d’une phrase. Certaines répétitions créent un rythme plus ample, plus mémorable. Dans une tirade théâtrale, un récit épique ou une chanson, l’ajout d’un terme redondant peut donner de l’élan à la phrase. La langue parlée, en particulier, accepte volontiers ces reprises parce qu’elles reproduisent les hésitations, les appuis et les élans de la parole réelle.

Cette dimension sonore le rapproche d’autres procédés stylistiques. Les jeux de répétition, de rythme et d’échos sont fréquents en poésie, comme le montre l’étude des sons répétés dans un vers, où la forme participe directement au sens. Le pléonasme peut, lui aussi, contribuer à cette architecture verbale, même s’il repose d’abord sur une répétition d’idée.

Dans un dialogue de roman, par exemple, un personnage peut dire « je l’ai entendu de mes propres oreilles » pour donner une couleur orale à son propos. La phrase paraît naturelle, expressive, presque théâtrale. Une version plus concise, comme « je l’ai entendu », serait correcte, mais moins incarnée. Le pléonasme devient alors un marqueur de voix et de personnalité.

Comment distinguer un pléonasme maladroit d’un pléonasme stylistique

Pour évaluer un pléonasme, il faut observer son contexte. Dans un courriel professionnel, « collaborer ensemble » ou « ajouter en plus » risque de donner une impression de négligence. Dans un texte littéraire, ces mêmes redondances pourraient être justifiées si elles révèlent un personnage, imitent l’oralité ou renforcent un effet précis. Le critère central reste donc l’utilité expressive.

Quelques repères permettent de faire la différence :

  • Le pléonasme semble-il volontaire ou résulte-t-il d’une formule automatique ?
  • Apporte-t-il une intensité, une émotion, un rythme ou une nuance au texte ?
  • Correspond-il au registre de langue, au genre du texte et à la voix du locuteur ?
  • Peut-on le supprimer sans affaiblir l’effet recherché ?
  • Attire-t-il l’attention pour une bonne raison, ou seulement par maladresse ?

Si la suppression rend la phrase plus claire sans rien lui faire perdre, le pléonasme est probablement inutile. Si, au contraire, elle affadit le passage ou fait disparaître une nuance, la répétition joue un rôle. C’est cette fonction qui lui donne sa valeur de figure de style.

Des exemples courants à analyser avec nuance

Certaines expressions sont presque toujours perçues comme fautives dans un usage standard : « reculer en arrière », « monter en haut », « sortir dehors ». Elles relèvent de la redondance mécanique et peuvent être corrigées sans difficulté. Dans un texte informatif, il est préférable d’écrire simplement « reculer », « monter » ou « sortir ». La sobriété renforce souvent la clarté.

D’autres cas sont plus ambigus. « Au jour d’aujourd’hui », souvent critiqué, est un bon exemple. L’expression accumule plusieurs marques temporelles, mais elle est très présente dans la langue orale. Dans un article ou un rapport, elle peut paraître lourde. Dans la bouche d’un personnage, elle peut en revanche sonner juste, car elle reflète un usage social réel. La valeur du pléonasme dépend ici du registre.

Enfin, certains pléonasmes sont devenus si courants qu’ils ne choquent presque plus. Des expressions comme « tri sélectif » ou « dune de sable » peuvent être discutées sur le plan strictement logique, mais elles se sont installées dans l’usage. La langue accepte parfois des redondances parce qu’elles facilitent la compréhension ou se spécialisent dans un contexte précis.

Le pléonasme parmi les figures de style

Le pléonasme appartient à une grande famille de procédés qui jouent avec l’écart entre la norme et l’effet. Une figure de style ne se limite pas à embellir un texte ; elle modifie la manière dont une idée est perçue. Elle peut simplifier, détourner, amplifier ou rendre sensible une réalité. À ce titre, le pléonasme a sa place dans l’analyse stylistique, aux côtés d’autres figures fondées sur le détour ou l’organisation de la phrase.

Dans un portrait littéraire, par exemple, certaines formulations apparemment indirectes servent à préciser un trait ou à suggérer un jugement. L’analyse d’une désignation détournée d’un personnage montre bien que l’écart par rapport à l’expression la plus simple peut produire du sens. Le pléonasme fonctionne différemment, mais il repose sur la même idée : la langue gagne parfois à ne pas aller directement au plus court.

Il serait donc réducteur de considérer toute répétition comme une erreur. La littérature, la publicité, le théâtre et même la conversation quotidienne exploitent régulièrement les ressources de l’excès. Ce qui compte, c’est la cohérence entre le procédé et l’objectif. Un pléonasme réussi ne se contente pas d’ajouter des mots : il crée une valeur ajoutée perceptible.

Pourquoi cette distinction compte pour bien écrire

Comprendre le pléonasme aide à écrire avec plus de précision. Dans un texte scolaire, professionnel ou journalistique, il est utile de repérer les redondances qui n’apportent rien. Elles ralentissent la lecture et peuvent affaiblir la crédibilité du propos. Relire une phrase en se demandant si chaque mot apporte une information ou un effet reste un bon réflexe.

Mais bien écrire ne signifie pas supprimer toute répétition. Certaines reprises donnent du relief, de la force ou du naturel. Le style naît souvent de cette tension entre économie et expressivité. Le pléonasme devient intéressant lorsqu’il sert une intention claire : insister, émouvoir, caractériser une voix, soutenir un rythme ou rendre une image plus vive.

La réponse à la question « pourquoi le pléonasme est-il parfois une figure de style ? » tient donc en une nuance essentielle : une répétition n’est pas automatiquement une faute. Lorsqu’elle est consciente, adaptée et expressive, elle devient un procédé. Le pléonasme rappelle ainsi que la langue n’est pas seulement un système de règles, mais aussi un espace de choix, d’effets et de création.



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